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DEMI FINALE

 

      Katie MAHAN            Sang Il HAN                  Min Sol CHO             Yukako MORIKAWA     Natalia ZAGALSKAIA    Irina ZAHHARENKOVA           Eric ARTZ

 

 

 

 

  LA PRESSE :

L'est Républicain :

Sept dans le dernier carré

Douze quittent la scène, et sept restent pour la demi-finale aujourd'hui du concours international de piano. Trois d'entre eux seront tristes ce soir.

Autant il est relativement aisé pour un mélomane de se faire une idée de qui devrait passer ou devoir échouer à l'épreuve du premier tour, autant le second vous laisse déjà plus perplexe. En effet, les quarante et un concurrents de la première épreuve n'étaient pas tous de la même force, n'avait pas le même bagage technique, ni la même faculté d'encaisser le stress. Mais mercredi et hier, pour le second tour, le niveau est d'un seul coup devenu très homogène. Sur le pas des portes du théâtre municipal où tout se joue (et à l'intérieur, du mieux possible), les remarques des auditeurs pouvaient facilement se résoudre en une seule : « on ne voudrait pas être à la place du jury ! » Ce dernier a lui aussi bien du mérite, à ingurgiter à haute dose autant de musique classique avec une attention extrême. Tous savent ce que représente pour de jeunes talents la préparation d'un concours international. Un an de travail, des sacrifices financiers souvent énormes, car tout le monde n'a pas les mêmes moyens de tout donner à son art et jouer sa vie en une heure, si on met bout à bout les auditions successives pour qui atteint au moins les demi-finales

Décomposés

Le pire, pour eux est presque d'avoir joué. Rares sont les candidats qui ne quittent pas la scène  décomposés, persuadé d'avoir complètement échoué ! Entendu au sortir de prestations, le désespéré : « il ne me reste plus qu'à me pendre ! », où le fataliste : « tout va bien je suis encore en vie ! ». Rares sont ceux qui croient aussi avoir réussi. Olga le pensait, ravissante blonde moscovite, élève du «  Professor » Dorensky, au jeu d'une grande musicalité, tout en retenue. Elle avait choisi pour la demi-finale Brahms, Chimanovsky (un polonais) et Schumann. Voire le quatrième concerto de Beethoven si elle était arrivée en finale. Mais ce sera pour la prochaine fois. Elle n'a pas été retenue parmi les demi-finalistes.

Ces derniers seront sept. Une Estonienne d'origine russe, Irina Zahharenkova, un Français, le dernier en piste Éric Arzt, la Coréenne Min Sol CHO, un Coréen, Sang Il HAN, au jeu d'une puissance étonnante, une Japonaise, Yukako MORIKAWA, une Russe, Natalia ZAGALSKAIA , et une Américaine, qui a fait une belle impression, la jolie Katie MAHAN, originaire du Colorado. Katie, venu avec sa maman, à Épinal est élève du virtuose d'origine spinalienne Michel BEROF, remarquable interprète entre autres d'Olivier MESSIAEN. Parmi les recalés, le vosgien Laurent Durupt, qui jouait hier matin et qui comme Olga, n'a sans doute raté la dernière la dernière marche que de très peu, témoignant lui aussi d'une grande sensibilité, mieux maîtrisée  que lors de sa première prestation. il y avait encore hier douze femmes et sept hommes. De ces derniers, il ne reste plus que deux. L'honneur national et sauf, puisque que l'un d'eux est Français... Les femmes, bravo les filles, sont encore cinq. Ce soir, quoi qu'il arrive, le jury choisira quatre finalistes, dont un minimum de deux concurrentes ! À noter aussi, pour les amateurs de statistiques, que les 19 candidats du deuxième tour étaient sept à présenter le concerto numéro un de Brahms, six Grieg, cinq Beethoven et un Mendelssohn, aucun n'ayant choisi Mozart. Or, au premier tour, ils étaient huit à avoir choisi Brahms et dix sept Beethoven. À croire que les meilleurs concurrents sont décidément des amateurs de Brahms. Cela restera a prouver  aujourd'hui... et dimanche.

Guillaume MAZEAUD

Bryce Morrison :

 

L'un des jurés, Bryce Morrison, n'est pas seulement pianiste et conférencier, c'est aussi

un grand critique musical anglo-saxon.

 

Bryce Morrison est content de parler, parce qu'il ne cache pas être bavard. Et il a bien raison, car avec lui on en apprend de bonnes : « Rubinstein se plaignait d'avoir mal à la gorge. Il est allé voir son médecin qui lui a dit que sa gorge était parfaite, mais qu'il parlait trop. » Heureusement qu'on attrape rarement des extinctions de doigts. Bryce en fait n'est pas anglais, mais écossais, et malgré cela peu avare de parole. Décrit non plus. Il a long temps été critique musical au Times et au Daily Télégraph. Il écrit encore pour des magazines spécialisés. « J'ai passé une partie de ma vie aux États-Unis où j'ai surtout donné des concerts au début. Petit à petit, je suis devenu professeur, conférencier et critique. » il se partage aujourd'hui entre deux continents, à Londres comme professeur de répertoire et de piano, à la Royale Académy (équivalent de notre CNSM de Paris), aux États-Unis comme professeur invité à Dallas, au Texas, et partout comme maître de conférence sur l'interprétation. Cet élève d'Uninsky, premier prix du concours Chopin de Varsovie en 1938, défend l'art de la critique musicale, objet de sa prochaine conférence. « Elle est très importante, quoique mal perçue, mal comprise, mal entendue. » Il y a une part de défi dans son orientation tardive vers la critique. « J'aime les challenges ! » Après bien des tentatives de cerner cette activité,  Bryce livre cette sobre définition : « Arriver à écrire bien sur ce que l'on entend ». Le fait d'être soi-même musicien n'est pas indifférent. « Si vous jouez vous comprenez le musicien de façon sympathique. Vous saisissez les problèmes qu'il peut rencontrer. » Pour faire toutes ces activités, il faut du talent ? Bryce songe plutôt aux carburant : « Alfred Cortot a dit un jour, « Mon secret c'est que je suis insatiable ». En moi, le critique et le pianiste s'enrichisse mutuellement. »

Du ridicule au sublime

Le critique et pianiste britannique a souvent l'occasion de témoigner de ses qualités de sympathie ou d'empathie musicale. « J'ai déjà participé une cinquantaine de fois à un jury international. Celui d'Épinal est comme beaucoup d'autres, ce qu'on entend va curieusement du ridicule au sublime... J'étais une fois simple auditeur du concours Chopin. J'ai été sidéré de découvrir autant de manières de mal jouer Chopin ! Pourtant, être dans un jury, c'est être un chercheur de talent. Parfois, on n'en trouve pas. Un jour, à New York, on a trouvé personne pour le prix... C'est aussi un travail difficile, très émotionnel, où il faut que les huit membres soient à la fois honnêtes, compétent, objectifs, sachent écarter les influences, qui sont parfois politiques, ça arrive ! » Il y a aussi un apprentissage de l'humilité pour tous ces maîtres : « Il faut par exemple accepter de voir aimer Chopin d'une autre manière que la sienne, alors qu'en matière de musique, les opinions sont toujours tranchées, car le langage pour en parler est beaucoup plus conceptuel. Il y a aussi la difficulté de savoir apprécier chez le candidat le créateur ou l'interprète. Nous sommes toujours à la recherche de ce que le compositeur voulait. Quand Samson François a joué les Tarentelles sur un tempo très lent, on ne l'avait jamais fait avant lui. C'est ça aussi le génie... »

G.M.

 

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                                              Sang Il HAN                 Irina ZAHHARENKOVA        Yukako MORIKAWA          Natalia ZAGALSKAIA

                                              2iéme prix                          2iéme prix                    3iéme prix                    4iéme prix                

                                         

 

Le carré d'as est formé

Le 20 ième Concours International de Piano verra s'affronter en finale demain un Coréen, une Japonaise, une Russe et une Estonienne. Le soleil se lève à l'est !

La journée a été longue pour les aficionados du concours. De 10 heures du matin à sept heures du soir, ce furent six heures d'audition pour départager les sept demi-finalistes, finalement en éliminer trois, ou mieux, en conserver quatre, puisque évidemment à ce niveau de talent, ceux qui restent au bord de la route, et qui seront d'ailleurs tous primés dimanche soir, n'ont commis aucun péché mortel.

Non, Éric Artz, dernier français en lice, n'a été victime que d'erreur techniques, quelques notes avalées ici et là, mais sa prestation a ravi le public. Non, la si jolie Katie MAHAN n'a pas de regrets à avoir, elle vogue vers le haut niveau et il ne lui a manqué peut-être qu'un peu de passion. Mais la jeune fille du Colorado se frottait pour la première fois à un concours international hors des États-Unis. et c'est aussi d'espoir qu'il faut parler, pour la si jeune Min Sol CHO, Coréenne de seulement 16 ans au jeu si  clair, si prometteur, au programme aussi équilibré.

Estonienne

Les finalistes, alors. Irina ZAHHARENKOVA (en estonien on peut mettre deux H.) est Estonienne, mais d'origine Russe, et travaille son piano à Helsinki, Conservatoire de Finlande. Ce n'est pas une expansive, elle est tout en retenue et tension intérieure. Toujours sur le fil, elle enchaîne les difficultés d'un programme particulièrement ardu,32 variations en ut mineur de Beethoven, Paraphrase sur Rigoletto, de Liszt, sonate numéro huit de Prokofiev. Excusez du peu ! Un Prokofiev mis d'ailleurs à toutes les sauces hier, cinq compétiteurs sur sept ayant choisi ce compositeur Russe contemporain.

Irina qui, à 29 ans n'aurait guère pu refaire un nouveau concours international à Épinal arrive au sommet de la côte avec juste un ongle cassé hier entre deux touches. Elle n'est d'ailleurs pas la seule à avoir eu un pépin. Yukako MORIKAWA, qui a subjugué l'auditoire avec l'ouverture française en si mineur de Bach s'est retrouvé soudain plongée dans le noir au milieu de la pièce suivante, de Schumann. Elle qui souriait aux anges qu'elle avait attirés par sa musique se retrouvait confrontée à une vengeance des puissances de la nuit ! Mais ça ne l'a pas déstabilisée et la lumière est revenue alors qu'elle s'était remise à jouer dans la pénombre. Comme CHO quelques instants plus tôt, Bach semble bien convenir à ces jeunes Asiatiques, avec cette retenue classique, où l'émotion vient dans le souffle du rythme, discret.

Le seul homme est HAN

Le troisième finaliste est le seul homme encore en piste. Le jury a choisi le plus viril. L'accordeur regardait son SteinWay avec inquiétude tant sa est frappe puissante. Il proposait un genre de programme surhumain, la sonate numéro sept de Prokofiev, et la sonate en si mineur de Liszt. Le jury a visiblement salué l'exploit, qui n'était d'ailleurs pas le premier, puisque ce garçon de 21 ans aux physique en rapport avec sa puissance, avait fait jusque-là un sans-faute, et toujours avec des pièces de haute voltige. Si son Liszt n'a pas emporté l'adhésion, bien loin de l'extrême liquidité d'Irina plutôt de gros grêlons, en revanche en Prokofiev fut comme un orage percussif un orchestre à lui tout seul, avant le jour... du concerto. HAN le phénomène sera confronté aujourd'hui à une autre jeune fille, Natalia ZAGALSKAIA , celle qui a fermé le banc, dernière candidate. Haydn, Chopin, Saint-Saëns, joli programme aussi équilibré que le fut son jeu. Un beau brin de fille à la silhouette de gymnaste, l'honneur de l'école russe, comme elle en pleine santé.

Ce matin, les quatre finalistes partent en Franche-Comté répéter avec l'Ensemble Orchestral de Montbéliard, celui qui accompagnera les quatre solistes et finalistes dans chacun des concertos qu'ils auront choisis.

Dans cette dernière ville, ils reviendront d'ailleurs donner un concert à 20 h 30, lundi. Ceux qui voudront les entendre une seconde fois après dimanche, à 15 heures à l'auditorium de la Louvière à Épinal pourront toujours faire la ballade !

Guillaume MAZEAUD

L'est Républicain

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